Histoire, Temoignage

MK, récit d’un déporté arménien – Baskin Oran

MK-Jerome-31-12_07.qxd:Couv -MK-Jerome-15-12-07.qxd« J’aurais dû mourir à l’âge de neuf ans. Cette vie, je ne la dois qu’à la grâce de Dieu. » Telles furent les dernières paroles de Manuel Kirkyacharian. Adana. Sud de la Turquie. 1915. Il a neuf ans. Déporté comme des ­centaines de milliers d’Arméniens, il perd son père, sa mère, une partie de son ­entourage. Il est vendu, échangé… Quasiment parvenu au terme de sa vie, il décide de consigner, sur bandes ­magnétiques, les souvenirs de cette enfance tragique : le bain de sang, les fuites successives pour échapper à ceux qui l’ont « adopté » et cette errance de dix ans achevée à Alep où il retrouvera ceux de ses proches ­restés en vie. Paroles quasi indicibles, et pourtant ­paroles dites, en turc, langue qu’il connaît le mieux. La force de ce récit réside bien ­sûr dans l’atrocité des événements que vécurent Manuel Kirkyacharian et les siens. Mais elle tient ­également à l’attitude si particulière adoptée par le narrateur. Il raconte tout simplement sans jamais se mettre en avant, en se ­dissimulant presque derrière ces deux initiales, « M.K. ». Il narre sans ­pathos et sans haine. Il a su pardonner et trouver des remèdes aux ­cauchemars qui le hanteront tout au long de sa vie. Un récit en cela unique et captivant, empreint d’une véritable émotion. Un témoignage exceptionnel sur ce terrible massacre.

Merci à Baskin Oran d’avoir eu l’idée de retranscrire les enregistrements vocaux de Manuel Kirkyacharian; merci à lui d’aider à la diffusion de ce témoignage plus qu’essentiel. Essentiel parce qu’il dit la violence opposée aux arméniens sous l’empire Ottoman au début du XIXème siècle; parce qu’il raconte la barbarie du processus génocidaire. M.K parle, en effet, mais avec une grande retenue, avec une distance qui interroge. La violence n’est pas dans sa voix, dans ses mots mais dans son silence. Elle se laisse entendre. Elle se dirige contre les Arméniens, contre les Chrétiens. Elle se devine dans les rapports sociaux, les relations politiques, entre les différents peuples qui vivent sur un même territoire depuis des siècles et qui peuvent se faire la guerre tout en ayant des gestes de solidarité. La violence est dans ce temps de barbarie qu’on a la chance, en France, de ne plus connaitre. C’est forcément émouvant, triste et tragique. On s’imagine, on réfléchit… à ce temps révolu, aux changements imposés par l’Histoire, aux trajectoires de vie; à ce qu’était la vie sous l’Empire ottoman et ce qu’elle aurait été en Turquie si les Arméniens y vivaient encore.  Oui, il n’y a plus d’Arméniens en Turquie; quelle tristesse, quel effroi et tout ça pour quoi? Pour peu de choses, n’est-ce pas? Les Arméniens méritent les excuses, le pardon de toutes celles et ceux qui ont participé au génocide arménien; de toutes celles et ceux qui ont laissé faire.

Note: 5/5

Livre reçu dans le cadre de Masse critique organisée par Babelio.

MK, récit d’un déporté arménien, Baskin Oran, Editions Turquoise, 160p, 16€

A propos de Heval Kani

Passionnée par la littérature, je partage ici et avec vous mes goûts et mes couleurs, en espérant découvrir ceux de mes visiteurs qui m'aideront ainsi à varier les tons et les impressions.

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