Roman

La rue – Ann Petry

9782714474025Des rues comme la 116e, réservées aux nègres ou aux mulâtres, avaient fait de Pop un vieil ivrogne timide et tué Mom quand Lutie était encore tout bébé. Dans cet immeuble où elle habitait actuellement, c’était aussi la rue qui avait amené Mrs Hedges à faire de sa chambre un bordel. Et le concierge, la rue l’avait maintenu dans les bas-fonds, loin de l’air et de la lumière, jusqu’à ce que l’horrible obsession de la chair l’ait dévoré. Mais rien de tout cela ne lui arriverait à elle, Lutie, parce qu’elle avait la volonté de lutter sans relâche. Un premier roman poignant, par une auteure injustement oubliée dans l’héritage du Harlem Renaissance, un véritable morceau de bravoure vendu à plus d’un million d’exemplaires lors de sa parution aux États-Unis, en 1947. Dans le Harlem des années 1940, le combat acharné de Lutie Johnson, jeune mère célibataire noire, qui tente de s’élever au-dessus de sa condition. Avec La Rue, la collection « Vintage » poursuit son exploration du noir, genre aux multiples facettes, et dévoile une misère sociale extrême, où règnent en maîtres la pauvreté et la corruption.

Reçu dans le cadre de « Masse critique », ce roman est, pour moi, une petite merveille. Il est d’une grande intelligence, d’une redouble efficacité. Il raconte avec justesse la misère de la discrimination, les conséquences de la ségrégation raciale. C’est la pauvreté, le racisme, les préjugés, les représentations erronées. C’est l’absence d’espoir et de rêve. Ce sont des volontés brisées. C’est la condamnation perpétuelle de la population noire qui n’a que peu de moyens pour vivre avec dignité. Ce sont des hommes et des femmes qui ne peuvent sortir de leur misère qu’au moyen de la corruption et de l’illégalité. Ce sont des êtres enfermés par toute une organisation de la société; une organisation à bannir et à condamner. C’est un cercle vicieux duquel il est difficile de s’échapper: le Noir finit par devenir, en raison de la condamnation sociale dont il fait l’objet, une réalité pour les préjugés de ce Blanc détestable. Avec ce roman, Ann Petry donne toute sa puissance et sa raison d’être à la littérature. Elle tend à la société ce miroir qui doit l’aider à se voir, à se penser, à se corriger. C’est brillant, clairvoyant. C’est une pépite dorée qui a eu raison de son succès.

Note: 5/5

Roman envoyé par la maison d’édition Belfond en partenariat avec Babelio.

La rue, Ann Petry, Edition Belfond,384p, 18€

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A propos de Heval Kani

Passionnée par la littérature, je partage ici et avec vous mes goûts et mes couleurs, en espérant découvrir ceux de mes visiteurs qui m'aideront ainsi à varier les tons et les impressions.

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