Billets politiques

La mondialisation sous le feu injuste des critiques.

Il se dit que la mondialisation serait la source de fragmentation de la société française. Il se dit que les classes moyennes supérieures, bien éduquées, bénéficiaires de la mondialisation, incarnées aujourd’hui par la candidature de M. MACRON, s’opposeraient aux classes inférieures, peu éduquées, rejetées de la mondialisation et favorables à Mme LEPEN. La France urbaine se confronterait à la France périphérique, la France pleine d’espoir, « ouverte », s’affronterait à la France en perte de vitesse, craintive et « fermée ». Il y aurait donc deux « blocs » uniformes qui se combattraient et qui diviseraient le pays. La vision, simpliste, manque de crédibilité. Cette lecture oublie, en effet, les 54,69% d’électeurs qui se sont exprimés; elle écarte de vue les dynamiques qui existent et s’expriment au sein de la société; elle oublie les origines du vote que l’on sait diverses et variées. La nature du scrutin lors des élections présidentielles, l’affrontement entre deux candidats et la paresse intellectuelle de certain(e)s finissent par imposer une lecture binaire voire manichéenne: « pour » ou « contre » la mondialisation; « pour » ou « contre » le nationalisme; la France serait divisée en deux. La complexité, tant rappelée par Edgar Morin, est ainsi oubliée. Les termes, concepts évoqués ne sont pas précisés. Volontairement vidés de leurs substances, ils appauvrissent aujourd’hui les discours et les idées.

Qu’est-ce que la « mondialisation »? En quoi et pourquoi est-il un facteur d’inclusion ou d’exclusion? Que dénonce-t-on ou approuve-t-on dans cette fameuse globalisation? Comme tout concept, la « mondialisation » prétend définir une réalité complexe et plurielle. Elle annonce, ici, un processus multidimensionnel, un phénomène de grande ampleur –  caractéristique de notre siècle – qui imprime toutes les activités humaines. Elles sont politique, économique, sociologique, géographique et culturelles et elles interdisent toute approche manichéenne.

Qu’est-ce que la Mondialisation? 

Dans sa définition la plus courante, la mondialisation, ou globalisation, désigne un « processus d’intégration des marchés » et de « rapprochement des hommes ». Le développement des transports (de personnes et de marchandises), l’apparition des nouvelles technologies d’information et de communication (NTIC) facilitent, en effet, les échanges, les interactions et les communications. Le monde, sous la globalisation, se dit « inter-connecté ». L’humanité peut dès lors se découvrir dans sa diversité et les peuples se rencontrer pour échanger. La mondialisation offre, ici, un cadre idéal pour les meilleures prétentions: la connaissance du monde peuplé par des cultures diverses et variées, l’ouverture d’esprit, l’ouverture à l’Autre. Les échanges sont facilitées, la libre circulation des hommes, des biens et des capitaux aussi. Le but: permettre à toutes et tous de bénéficier des meilleures conditions d’existence. Cadre de vie idéal à la pacification des relations entre les peuples, à la fois ouverture et interdépendance, la mondialisation est un processus qui ne peut que s’approfondir. Pour l’interrompre, il faut préférer la vie en autarcie. Pour celles et ceux qui veulent l’unité de l’humanité, la mondialisation est donc un événement à louer. Pourquoi fait-elle alors l’objet d’une vive contestation en France? Pourquoi la considère-t-on comme un facteur d’inclusion ou d’exclusion?

Pourquoi la mondialisation inquiète? 

La mondialisation inquiète parce qu’elle abrite une structure économique et politique qui favorise le développement du capitalisme sauvage. L’absence, volontaire, de régulation du capitalisme à l’échelon internationale, européen et national provoque, en effet, des dégâts qu’il est bon ton de prêter à la mondialisation, pourtant une bonne nouvelle pour l’humanité. Non régulé, abandonné par la politique qui se refuse par idéologie à l’encadrer, le capitalisme se nourrit des possibilités nouvelles offertes par la mondialisation. Il s’empiffre, se goinfre, use des biens-faits de la globalisation pour gagner en puissance et faire la loi. Le politique ayant abandonné son pouvoir, les « lois » du marché finissent par s’imposer.

Liée à une idéologie qui impose au niveau international et européen un libéralisme économique, liée à un choix politique qui favorise la financiarisation du capitalisme, l’ « ouverture au monde » permise par la globalisation encourage ainsi la concurrence des économies nationales qui, pour ne pas sombrer, doivent penser leurs politiques économiques et leur attractivité à une échelle supranationale. Le territoire national, pour affirmer sa puissance, doit aujourd’hui entrer en concurrence. Il doit attirer les capitaux et assurer la compétitivité de ses entreprises; il doit lier l’attractivité de son territoire à une politique économique conquérante. Et pour attirer les firmes internationales, pour séduire les investisseurs étrangers – surtout pour des territoires qui comme la France en dépendent, pour ne pas perdre ses capitaux, pour éviter les délocalisations, pour favoriser la compétitivité des entreprises nationales, les responsables politiques, lorsqu’ils ne sont pas capables de penser leur économie en dehors du cadre libéral, lorsqu’ils sont en mal de stratégies, pensent la dérégulation comme un levier politique efficace. C’est la flexibilité, la réduction d’impôts, les subventions, la réduction du « coût du travail », autant de « mesures » qui doivent assurer la « liberté » des entreprises, désignées comme le lieux de créations d’emplois et de richesses; entreprises qui, au nom de la « Liberté », peuvent malgré tout délocaliser, la main d’oeuvre étant toujours moins cher ailleurs. Les responsables politiques disent alors ne rien pouvoir faire, la faute à la mondialisation qui s’impose, la faute à la mondialisation qui ne peut s’enrayer. Les « in » approuvent, les « out » s’offusquent.

La Mondialisation, selon Macron et Lepen. 

Face aux difficultés de la France dont seraient responsables la mondialisation, Emmanuel Macron et Marine Lepen, dans l’incapacité de distinguer la globalisation des structures économiques et politiques volontairement établies à l’échelle internationale et européenne, profitent tout deux de la confusion pour poser une binarité, marque d’une insuffisance intellectuelle et politique.

Emmanuel Macron, favorable à la mondialisation qu’il considère, à juste titre, comme un bien-fait pour l’humanité, comme un processus qui ne peut s’interrompre, n’entend pas, n’interroge pas la responsabilité du capitalisme sauvage que les Etats laissent se développer par pure idéologie dans le cadre idéal de la globalisation. Il n’opère pas de distinction, ne pense pas le capitalisme sauvage en dehors de la mondialisation. La différenciation n’étant pas faite, il ne peut approuver la mondialisation sans accepter les dérives du capitalisme sauvage qu’elle abrite. Il peut donc vanter, auprès des ouvriers de Whirlpool, les mérites de la mondialisation en avouant son incapacité à lutter contre des logiques économiques qui le dépassent. La mondialisation étant un processus qui ne peut que s’approfondir avec le progrès technologique, la globalisation étant un processus contre lequel on ne peut lutter qu’en vivant en autarcie, il estime, vraisemblablement, que la loi du marché est une loi naturelle qui s’impose avec la mondialisation. Il oublie ainsi que cette dernière n’est qu’un environnement. Elle n’offre des possibilités de développement au capitalisme sauvage qu’en raison de dispositions politiques nourries par une idéologie: le libéralisme économique, une idéologie qu’Emmanuel Macron fait sienne et qui l’empêche de penser l’encadrement et la régulation du « marché » ici international.

Marine Lepen n’établie pas non plus la distinction. Liant la mondialisation aux dégâts provoqués par le libéralisme économique – qu’elle dénonce par pure opportunisme politique aujourd’hui sous l’influence de Florient Philippot, ancien chevènementiste – elle refuse de penser la globalisation comme un processus éminemment favorable à l’humanité. Pour lutter contre le capitalisme sauvage, elle propose, sans sourciller, la fermeture – des frontières et des esprits. Elle est dans la totale inefficacité.

Nous y sommes donc. Au premier tour de l’élection présidentielle de l’an 2017, nous avons à choisir entre deux visions simplistes et caricaturales. Pour l’un, il faut dire OUI à la mondialisation et au capitalisme sauvage, pour l’autre être dans l’opposition et tout récuser. Qu’en est-il d’une troisième voix? Peut-on vouloir une mondialisation et refuser le capitalisme sauvage? Peut-on approuver le processus de rapprochement que nous permet la globalisation et refuser qu’elle devienne le terrain de jeu d’un capitalisme impitoyable, sans Dieu ni Loi? Je le crois. La dérégulation et l’hyperpuissance de la loi marchande n’est pas une donnée naturelle mais la conséquence d’un véritable choix politique. Ce n’est donc pas la mondialisation qui est « pourrie » mais l’organisation politique et économique qu’elle abrite; ce n’est pas la mondialisation que l’on doit dénoncer mais le capitalisme sauvage que l’on doit réguler

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A propos de Heval Kani

Passionnée par la littérature, je partage ici et avec vous mes goûts et mes couleurs, en espérant découvrir ceux de mes visiteurs qui m'aideront ainsi à varier les tons et les impressions.

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