Emprunté, Roman

Dans le jardin de l’ogre – Leïla Slimani

2791206-jardin-ogre-jpg_2419625«Une semaine qu’elle tient. Une semaine qu’elle n’a pas cédé. Adèle a été sage. En quatre jours, elle a couru trente-deux kilomètres. Elle est allée de Pigalle aux Champs-Élysées, du musée d’Orsay à Bercy. Elle a couru le matin sur les quais déserts. La nuit, sur le boulevard Rochechouart et la place de Clichy. Elle n’a pas bu d’alcool et elle s’est couchée tôt. Mais cette nuit, elle en a rêvé et n’a pas pu se rendormir. Un rêve moite, interminable, qui s’est introduit en elle comme un souffle d’air chaud. Adèle ne peut plus penser qu’à ça. Elle se lève, boit un café très fort dans la maison endormie. Debout dans la cuisine, elle se balance d’un pied sur l’autre. Elle fume une cigarette. Sous la douche, elle a envie de se griffer, de se déchirer le corps en deux. Elle cogne son front contre le mur. Elle veut qu’on la saisisse, qu’on lui brise le crâne contre la vitre. Dès qu’elle ferme les yeux, elle entend les bruits, les soupirs, les hurlements, les coups. Un homme nu qui halète, une femme qui jouit. Elle voudrait n’être qu’un objet au milieu d’une horde, être dévorée, sucée, avalée tout entière. Qu’on lui pince les seins, qu’on lui morde le ventre. Elle veut être une poupée dans le jardin de l’ogre.»

Percutant, bouleversant, dérangeant. Ce roman a tout pour nuire à ma petite tranquillité. Il raconte, en effet, une femme que je ne pourrais jamais apprécier tant son attitude est sujet à la détestation. Adèle m’a déplu. Je ne l’ai pas aimé. Je l’ai même carrément détesté. Je me suis donc demandée pourquoi son insatiabilité sexuelle me perturbait, qu’est-ce qui, dans le comportement d’Adèle, me dérangeait? La réponse est bien évidemment subjective, très personnelle: c’est pour moi son incapacité à se tenir, à se contrôler, à jouer son rôle de mère, sa duplicité, son manque de respect pour son époux, son égoïsme. Elle porte en elle une faiblesse qui dégoûte; une faiblesse qui, dans le même temps, suscite une légère pitié. Adèle est si fragile, si faible face à ses envies; ces dernières sont si fortes, si urgentes, si imposantes qu’elles ne laissent vraisemblablement aucune chance pour la jeune femme qui a l’air de souffrir d’une sévère pathologie; une pathologie que l’on ne parvient pas à comprendre. Leïla Slimani ne nous dit effectivement rien des raisons d’être de ce comportement excessif. D’où vient-il? Pourquoi est-il? Est-ce une souffrance, une douleur, une maladie? De quel(s) trouble(s) émerge-t-il? Ce roman est, pour moi, une réussite. Bien écrit, bien construit, bien mené, il intrigue, donne envie de savoir. Il nuit, dérange, interroge. Il suscite une réaction, ne laisse pas de marbre. Je ne peux donc que conseiller.

Note: 5/5

Dans le jardin de l’ogre, Leïla Slimani, Gallimard, 224p, 17.50€

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A propos de Heval Kani

Passionnée par la littérature, je partage ici et avec vous mes goûts et mes couleurs, en espérant découvrir ceux de mes visiteurs qui m'aideront ainsi à varier les tons et les impressions.

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