Histoire

Exils arméniens, du Caucase à Paris (1920-1945) – Anouche Kunth

couv-kunth-2Les convulsions de la révolution bolchevique jettent hors de Russie plus d’un million de réfugiés, qui croient leur fuite temporaire. Elle va s’avérer irréversible, la perte de la patrie se conjuguant bientôt avec celle des droits nationaux. Parmi ces sans-droits , quelques centaines de grandes familles arméniennes, issues des marges caucasiennes de l’Empire des Romanov. Banquiers et industriels, artistes, professeurs d’université, hommes politiques : tous, vers 1920, s’enfuient avec femmes et enfants, par crainte des violences que le nouveau régime de Moscou inflige à ses ennemis de classe. Hors de Russie, et tout particulièrement en France où convergent des dizaines de milliers d’exilés, leurs trajectoires croisent celles des Arméniens de Turquie, persécutés quant à eux pour des motifs ethno-confessionnels. L’histoire des exils arméniens s’écrit ici à hauteur d’hommes et de femmes en fuite, de familles soudées face au danger, parfois séparées, plongées dans l’opacité après le renversement de l’ordre ancien. Que faire? Où aller? Quel projet poursuivre en ces temps de chaos et d’incertitude? Comment préserver ses ressources et recréer un ordre pour soi? Les parcours de ces anciens sujets d’empires donnent à penser ce que reconstruit l’exil, lieu de mise à l’épreuve individuelle et de réélaboration des destinées collectives.

Lecture laborieuse mais néanmoins intéressante puisqu’elle raconte, ici, ce que j’ignorais pour ma part. Je sais le génocide, le sort du peuple arménien en Turquie mais peu de choses, en effet, sur celles et ceux qui ont vécu au Caucase. Je ne savais pas leurs conditions de vie, leur fuite, leur histoire et leur relation à l’Arménie. Je ne savais pas que ces Arméniens du Caucase ne se confondaient pas forcément, parmi la diaspora, aux Arméniens de Turquie. Anouche Kunth, historienne, écrit la complexité, les subtilités des rapports que l’on ne peut deviner si l’on n’est pas soi-même arménien. Les histoires se croisent et se décroisent, elles ont un point commun mais ne se ressemblent pourtant pas. Arméniens « de Turquie » ou du « Caucase », ils ont été « chassés » mais pour des raisons différentes. Elles sont ethniques dans le premier cas, « sociales » dirons-nous dans le deuxième puisque les Arméniens du Caucase, de bonnes conditions sociales, pour ne pas dire bourgeois, ont souffert du bolchevisme qui voulaient bien de leur fortune mais pas de leur personne. Du Caucase ou de l’empire ottoman, les Arméniens ont donc été contraints à l’exil; un exil qu’ils ne vivent pas également. De même, leur rapport à l’Arménie, à la langue et leurs convictions politiques ne sont pas toujours les mêmes. En bref, je conseillerai ce livre pour les informations qu’il apporte et la complexité qu’il aborde même si sa lecture, il faut l’avouer, est assez fastidieuse.

Note: 3/5

Livre envoyé par la maison d’édition Belin en partenariat avec Babelio.

Exils arméniens, du Caucase à Paris (1920-1945), Anouche Kunth, Edition Belin, 440p, 23€

 

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A propos de Heval Kani

Passionnée par la littérature, je partage ici et avec vous mes goûts et mes couleurs, en espérant découvrir ceux de mes visiteurs qui m'aideront ainsi à varier les tons et les impressions.

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