Temoignage

Nujeen, l’incroyable périple – Nujeen Mustafa

MosaïcEn 2015, Fergal Keane, journaliste à la BBC, repère dans la foule des migrants une adolescente en fauteuil roulant. Emu et admiratif devant tant de cran, il recueille son témoignage. Aussitôt, les medias et les réseaux sociaux s’enflamment… Avec la collaboration de Christian Lamb, Nujeen raconte comment elle a trouvé le courage de s’engager dans ce dangereux périple de 6 000 kilomètres, depuis la Syrie jusqu’à l’Allemagne en passant par la Grèce et la Hongrie… Un récit porté par l’incroyable détermination de Nujeen et le principe auquel elle n’a pas dérogé :  ne jamais être une victime.

Contrairement à d’autres qui ont, comme moi, reçu le témoignage écrit de Nujin, je n’ai pas ressenti d’émotion. Elle n’était ni dans le récit, ni dans mon regard habitué à la triste histoire de la migration. D’origine kurde comme Nujin, ma famille s’est trouvée sur le chemin de l’exil, obtenant elle aussi le statut de réfugié; statut dont ont également bénéficié la plupart de nos connaissances kurdes. Son histoire, je la connais donc. Elle est celle de tous les migrants/réfugiés, de toutes celles et ceux qui ont eu à fuir et/ou qui fuient encore la guerre et ses misères. Le témoignage de Nujin n’est donc pas fait pour moi: il est destiné aux « autochtones », celles et ceux qui ont un chez-eux établis, qui vivent dans une certaine prospérité, dans un certain confort sécuritaire et matériel et qui n’ont pas besoin de partir, de fuir ce qui fait leur monde. Ceux-là, s’ils ne le savent pas, découvriront ce qu’est « devenir étranger », ce que c’est que de quitter sa terre, son village, sa ville, son pays pour un ailleurs au départ pas recherché. En effet, on ne quitte pas son « monde » pour un autre – sauf si l’on est aventurier – si l’on n’y est pas forcé par la guerre, la misère, la pauvreté, la répression. Chacun, parce qu’il est humain, veut vivre dans le confort et la sécurité. Quand ils n’y sont pas, ils sont recherchés même à des kilomètres de chez soi, même au risque de sa vie car l’espoir est. C’est lui qui inspire, guide et fait surmonter les épreuves les plus dures. Nujin le raconte, le démontre. Son témoignage est donc essentiel. Il révèle, à son tour, le statut d’immigré, de réfugié pourtant déjà maintes fois raconté mais rien y fait: il faut toujours écrire, témoigner, dire pourquoi et comment on devient « étranger ».

Récit utile, le témoignage de Nujin présente toutefois ses lacunes. Ils sont dans le style et l’exercice même du témoignage accompagné. Transcrit par une tierce personne, ce livre porte, en effet, deux voix: celle du témoin et de sa plume; deux voix qui se mêlent dans la confusion pour n’en faire qu’une – celle de Nujin. Problème: on entend la voix de Christine Lamb qui fausse quelque peu celle de l’adolescente qui ne peut être aussi lucide et très au fait de l’actualité. Résultat de l’exercice: il m’a semblé que Nujin n’était qu’un prétexte pour diffuser un propos, une opinion favorable à l’acceptation des réfugiés par une Europe récalcitrante. Le propos est louable mais gagnerait en efficacité, auprès des contestataires, s’il était plus subtile. Là, sans surprise, ils diront que le témoignage d’une jeune adolescente handicapée ne sert qu’à faire dans le sentimentalisme incompatible, pour eux, avec le réalisme politique.

Note: 3/5

Livre envoyé par Harper Collins en partenariat avec Babelio.

Nujeen, l’incroyable périple, Nujeen Mustafa, Harper Collins, 416p, 18€

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A propos de Heval Kani

Passionnée par la littérature, je partage ici et avec vous mes goûts et mes couleurs, en espérant découvrir ceux de mes visiteurs qui m'aideront ainsi à varier les tons et les impressions.

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