Biographie, Emprunté

Erdoğan, nouveau Père de la Turquie? – Nicolas Cheviron & Jean-François Pérouse

1540Comment ce fils d’un marin de la mer Noire immigré à Istanbul, issu d’une famille modeste, conservatrice et religieuse a-t-il pu gravir les échelons du pouvoir jusqu’au sommet ? Pourquoi s’est-il affirmé comme un partisan d’une modernisation libérale de l’économie en même temps que le promoteur d’un retour aux valeurs traditionnelles ? Recep Tayyip Erdoğan règne sur la Turquie depuis 2003. Dans ce pays qui a connu quatre coups d’État militaires entre 1960 et 1997, aucun homme politique n’a bénéficié d’une telle longévité au sommet de l’État depuis le milieu du xxe siècle. Hormis Mustafa Kemal, nul n’a aussi profondément transformé la Turquie. Or personne n’aurait cru, au début des années 2000, qu’un homme affichant ouvertement son intention de donner à l’islam une place prépondérante parviendrait à s’affranchir de la tutelle des généraux turcs, gardiens sourcilleux de la République laïque fondée par Atatürk. Jean-François Pérouse et Nicolas Cheviron, qui ont suivi, en Turquie, depuis le début des années 2000, l’ascension du fondateur de l’AKP (le Parti de la justice et du développement) signent la première grande biographie de l’homme qui voulait rompre avec les choix d’Atatürk tout en devenant son égal – le nouveau père de la Turquie.

Qui est Recep Tayyip Erdoğan? D’où vient-il? Quelle est sa formation idéologique? Quelles sont ses idées et opinions politiques? Comment l’homme, parti de presque rien, est-il parvenu à la Présidence de la République? Quels obstacles a-t-il dépassé? Pourquoi et comment a-t-il fondé l’AKP? Comment a-t-il obtenu ses succès électoraux? Cette biographie, très intéressante, nous dit beaucoup sur l’homme politique à la tête de la Turquie. Elle écrit, avec efficacité, son parcours politique, sa mutation idéologique (Erdoğan le prétend), ses relations avec le « Hoca » Erbakan, son pragmatisme politique, ses ambitions, ses qualités et ses défauts. Elle raconte les avancées indéniables de la Turquie en matière économique, sa stagnation en matière de respect des droits et son histoire depuis l’arrivée au pouvoir de l’AKP, parti dit conservateur au départ fortement apprécié par les « puissances occidentales » mais aujourd’hui décrié pour ses dérives autoritaires. Cette biographie évoque tant de choses que je ne pourrais évoquer. Elle foisonne en informations, en connaissances. Elles permettent pour celles et ceux qui, comme moi, ne savent que peu de choses sur la trajectoire politique de Recep Tayyip Erdoğan d’en savoir davantage sur lui.

Bémol toutefois: il y a ici peu d’informations sur la relation entre l’AKP et le mouvement gülleniste. Fethullah Gülen, ennemi public numéro 1 en Turquie depuis quelques années, n’est pas véritablement évoqué dans cette biographie qui ne parle que de la détérioration des relations. Quid de leur alliance? Comment s’est-elle faite? Quand? A quel moment? Quelle est l’influence du prédicateur sur l’ascension politique d’Erdoğan? En a-t-il même d’influence? La biographie ne le dit pas. C’est pourtant, je crois, une information qui ne peut pas être écartée du récit. Autre bémol: il est erroné de dire comme le font les auteurs que le retour d’exilés kurdes en Turquie dans le cadre du processus d’ « ouverture démocratique », a été bien perçu en Turquie. De mémoire, s’ils ont été acclamés par les Kurdes, ils ont été décriés par beaucoup de médias (je ne parlerai pas d’opinion publique) offensés qu’ils étaient de leur tenue (une tenue traditionnelle kurde) et de l’accueil qui leur était réservé parmi les sympathisants kurdes. Petite erreur diront-certains, grosse pour ma part puisqu’elle révèle les crispations politiques dès qu’il s’agit pour les Kurdes de crier un peu leur joie. Elle ne permet pas de dire et d’écrire que leur arrivée sur le territoire n’a rencontré aucune difficulté.

En dépit de ces manquements, cette biographie est à conseiller car elle regorge d’informations sur ce personnage qu’on ne connait pas forcément, sur cette homme politique qui fait sensation et pas seulement en Turquie.

Note: 4/5

Erdoğan, nouveau Père de la Turquie?, Nicolas Cheviron & Jean-François Pérouse, Edition François Bourin, 440p, 26€

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A propos de Heval Kani

Passionnée par la littérature, je partage ici et avec vous mes goûts et mes couleurs, en espérant découvrir ceux de mes visiteurs qui m'aideront ainsi à varier les tons et les impressions.

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