Essai, Sciences politiques

La formation de la nation kurde en Turquie – Özcan Yilmaz (Commentaire critique)

1540-1Administrés par plusieurs autorités politiques – la Turquie, l’Iran, la Syrie et l’Irak – les Kurdes sont toujours considérés comme le « plus grande peuple sans Etat ». D’État, ils n’en manquent pourtant pas puisqu’ils en connaissent une pluralité. Seulement, il est vrai, tous sont considérés, par les Kurdes, comme des « étrangers » dénués de légitimité pour les gouverner. En cause, leur identité et leurs politiques qui conçoivent les Kurdes comme des « minorités» qu’il faut pouvoir contrôler, surveiller, assimiler voire réprimer afin de protéger l’intégrité territoriale menacé par les revendications indépendantistes. Les Kurdes ne disposant pas de leur « propre Etat » – celui qui ferait coïncider, pour paraphraser Ernest Gellner1, les limites ethniques aux limites politiques, celui qui lierait unité politique et nationale – tout l’enjeu pour les Kurdes, depuis la dislocation de l’Empire ottoman et le partage des territoires considérés comme les leur, est la création d’un Etat et d’une nation kurde. Et c’est ce dernier enjeu que se propose d’étudier, dans son ouvrage, Özcan Yilmaz.

L’auteur – qui a reçu le prix Pierre du Bois – s’intéresse, en effet, à l’émergence et au développement du processus de la formation de l’identité nationale. Comment se forme la nation kurde ? Quelle est l’histoire de sa création? Les Kurdes vivant sous autorités administratives différentes, leurs réalités politiques et sociales diffèrent également de sorte que « dans chacun des Etats-nations, le mouvement national kurde possède des caractéristiques et demandes propres en fonction du cadre dans lequel il évolue » (p. 18), obligeant ainsi l’auteur qui ne maîtrise ni le persan, ni l’arabe, à restreindre son sujet et à n’étudier le processus de formation de la nation que chez les seuls Kurdes de Turquie. Pour Özcan Yilmaz, leur expérience doit être pensée et analysée dans le cadre d’un modèle qui s’applique aux groupes ethniques dépourvus de structures étatiques: le cadre théorique de la « formation des petites nations » de Miroslav Hroch, a priori applicable aux seules expériences européennes mais qui s’étend, dans cet ouvrage, à une « nation » non-européenne. L’auteur situe ici l’originalité de son étude qui tend à prouver que la théorie de M. Hroch peut également concerner les Kurdes en dépit des différences qui peuvent exister avec les cas européens étudiés par l’historien tchèque. Celui-ci, à travers les différentes expériences qui ont eu lieu en Europe centrale et orientale, considérant la nation comme un « phénomène spécifiquement européen » (p. IX) – a pensé et écrit le processus de formation des «petites nations » à travers un passage graduel qui se constitue de trois phases : la phase A, B et C. La phase A correspond à une recherche sur le groupe ethnique : les acteurs ne défendent aucun programme politique, ils effectuent quelques travaux de recherche sur la langue, la culture, l’histoire, les traditions, les coutumes …etc. La transition à la phase B s’effectue lorsque les acteurs agissent pour la diffusion de cette nouvelle identité auprès du plus grand nombre, lorsqu’ils veulent convaincre les membres du groupe ethnique de leur appartenance à une nation distincte. Si leurs actions réussissent, elles aboutissent à la phase C marquée par une agitation nationale qui se caractérise par une mobilisation de milliers de personnes et une acquisition d’une structure sociale complète par le mouvement national. A ce stade du processus de formation, on ne parle plus d’ethnie mais de «nation établie». Utilisant cette typologie et grille d’analyse, Özcan Yilmaz retrace l’histoire de la nation kurde en Turquie et répond à plusieurs interrogations: comment et dans quelles conditions émergent les mouvements nationaux kurdes ? Qui sont les acteurs agissant ? Comment la conscience nationale qui est, au départ, l’affaire de quelques élites intellectuelles parvient-elle à gagner les esprits d’une grande majorité ? Pour comprendre les conditions d’émergence et de développement de l’idée nationale, Özcan Yilmaz s’appuie, premièrement, sur une analyse du contexte socio-économique et politique lors des différentes phases, étant convaincu qu’il exerce une influence sur les mouvements nationaux, leurs actions, leurs discours et leur devenir. Il s’intéresse, également, aux différentes actions menées par les acteurs dans la mesure où, pense-t-il, elles permettent de comprendre « l’intensité et la diffusion de la conscience nationale » pour chaque phase. Aussi, se réfère-t-il aux différentes organisations créées par les élites kurdes, à leurs programmes et leurs journaux pour identifier leurs revendications et leurs objectifs ainsi que leurs moyens d’actions. Enfin, troisièmement, l’auteur se sert de différentes sources écrites – mémoires, documents officiels, procès-verbaux, décisions des tribunaux turcs – pour identifier les origines géographiques et sociales des acteurs qui portent l’idée nationale et jouent un rôle dans le processus de formation de la nation.

Bien qu’il soit quelque peu difficile de délimiter les phases, Özcan Yilmaz considère l’apparition du premier journal kurde, Kurdistan, en 1898 comme le début de la phase A. L’auteur estime en effet qu’il s’agit là d’une période de « crise de légitimité » qui conduit l’élite intellectuelle kurde, seule capable de l’identifier et d’y répondre, à penser la nation kurde. Face à la crise dans laquelle s’enlise l’Empire ottoman qui sera par la suite démembrer, les intellectuels kurdes, issus des milieux urbains et les plus favorisés, s’organisent à travers la publication de journaux et la création d’associations pour effectuer quelques recherches « académiques » sur le peuple kurde, sa langue, son histoire, sa culture etc … Ces intellectuels, toujours attachées à l’identité ottomane – identité qu’ils voudraient par ailleurs sauvegarder (p.40), n’ont alors aucun objectif politique distinct pour la nation kurde. Le projet politique se dessine lorsque la réorganisation des territoires ottomans selon le principe des nationalités est devenue évidente. « C’est dans un tel contexte que les élites kurdes ont commencé à élaborer un programme politique et à revendiquer l’application de ce droit à la nation kurde » (p. 23). Après la première guerre mondiale, les acteurs kurdes qui, au départ, n’avaient aucunement l’intention d’exiger une indépendance et qui se contentaient de quelques recherches – insuffisantes pour la standardisation de la langue nationale et l’émergence d’une culture et histoire commune selon l’auteur- exigent progressivement, pour certains, l’autonomie, pour d’autres, l’indépendance de la région kurde qui doit s’organiser, selon eux, en une structure politique et administrative distincte de la nation turque. Cette première période qui va de 1898 à 1919 présente, pour l’auteur, quelques traits caractéristiques d’une phase A et d’une phase B, phases difficiles à distinguer tant elles se trouvent mêler, l’élite intellectuelle kurde urbaine et favorisée agissant pour diffuser l’idée d’une appartenance à la nation kurde auprès des membres du groupe ethnique en même temps qu’elle effectue ses recherches sur le peuple kurde.

La République de Turquie créée, les activités du mouvement national kurde basé à Istanbul désormais interdites, le mouvement insurrectionnel parmi les Kurdes apparaît. La fin des privilèges accordés sous l’Empire Ottoman aux aghas, les politiques centralisatrices et le nationalisme turc conduisent certains chefs de tribus kurdes à s’opposer violemment contre les autorités turques en « récupérant » au passage le projet national kurde. Pour Özcan Yilmaz, ces différents acteurs qui prennent place dans le mouvement dit insurgent – pour l’essentiel des chefs tribaux, religieux ou de grands propriétaires fonciers (p. 62) – sont, en effet, davantage motivés par leurs privilèges perdus que par l’idée d’une émancipation nationale qui n’est qu’un « prétexte » à la mobilisation générale. Cette période de révoltes – qui va de 1921 à 1938 – ne connait rien d’autre que l’insurrection armée. Les acteurs kurdes ne font effectivement aucune recherche sur le peuple kurde. Ils ne sont tentés ni par la codification de la langue, ni par la définition de l’identité nationale et ne parviennent pas à assurer une participation massive chez les Kurdes. La participation, si elle a lieu, est, selon l’auteur, le résultat d’une motivation essentiellement religieuse.

Le mouvement national, interrompu en 1938, se renouvelle sous l’impulsion de la modernisation politique (système constitutionnel instauré, multipartisme libertés individuelles reconnues) et économique (développement de l’industrialisme) que connait la Turquie (p. 83) à partir des années 1950. Le mouvement national reprend ses marques et entame le processus graduel de formation de la nation kurde. « Profitant » de la crise politique qui suit l’acceptation du multipartisme, les activistes kurdes membres d’une élite intellectuelle renouvelée par l’urbanisation et la scolarisation, « reprennent » les recherches sur le peuple kurde. Motivés par ce que l’auteur appelle un « patriotisme régional », ils s’intéressent à la culture, l’histoire, la langue kurde et dénoncent le sous-développement de l’Est et l’absence de droit sans pour autant élaborer un programme particulier pour la « nation kurde » : ils sont dans la première phase de la formation de la nation. Les revendications politiques s’affirment seulement à partir de 1965, date d’entrée à la phase B : les activistes commencent à définir les Kurdes comme une « nation » dont il faut respecter les droits culturels, économiques et politiques. Sous l’égide de différentes organisations, ils tentent selon Yilmaz Özcan de « pallier les déficiences culturelle, sociale et politique » qui caractérisent les groupes ethniques non dominant (p.125) en exigeant des autorités le droit de parler librement et officiellement la langue kurde qui doit être enseignée et développée, le droit de représentation politique des Kurdes et des mesures économiques pour mettre un terme au sous-développement qui s’impose au Kurdistan. L’agitation patriotique qui manque à ces années – sans doute à cause des coups d’Etat militaires de 1971 et 1980 – se réalise avec l’apparition, sur la scène politique kurde, du PKK qui assure le passage à la phase C. Contrairement à ses prédécesseurs qui refusaient l’option militaire, le Parti des travailleurs kurdes, dirigé par Abdullah Öcalan, appelle les Kurdes à la lutte armée pour obtenir l’indépendance et l’unité du Kurdistan.Très vite, par ses différentes activités, l’organisation politico-militaire parvient à étendre l’identité nationale sur le plan géographique et à gagner, en dépit de la répression qui s’abat sur les Kurdes, les masses convaincues par son discours politique et idéologique. Les Kurdes payent le prix de ce soulèvement permanent : destructions massives des villages, déplacements forcés de la population, assassinats, meurtres, disparitions, emprisonnements et tortures jalonnent les années 90 et étouffent le territoire kurde interdit d’accès. Ces mesures coercitives – si elles ne viennent pas à bout du PKK – le privent, selon Özcan Yilmaz, du succès, les Kurdes ne disposant toujours pas de statut politique à l’heure actuelle, le contexte international étant défavorable à la création du Kurdistan.

Particulièrement intéressant, l’ouvrage d’Özcan Yilmaz – parce qu’il raconte l’histoire des mobilisations kurdes en Turquie – regorge d’informations sur les différentes organisations qui oeuvrent pour la diffusion de la conscience nationale. Il en dit long sur le profil des acteurs qui décident d’agir à un moment donné, dans un contexte particulier, pour la « nation kurde » imaginée. Ils sont membres d’une élite intellectuelle urbaine et favorisée pendant la période ottomane, issus d’une classe moyenne qui émerge grâce à l’ascension sociale à partir des années 50, paysans et ouvriers sous l’égide du PKK. L’ouvrage retrace avec efficacité les idées et les programmes qui motivent ces acteurs engagés et qui depuis très longtemps hésitent sur le chemin qu’il faut emprunter. Que veulent les Kurdes ? Une indépendance affirmée ou une représentation politique sous le toit d’une République turque aux frontières non contestées ? Le débat qui trouve ses racines dans le passé n’est toujours pas entériné, de sorte que les revendications kurdes manquent parfois de clarté et de lisibilité même si, officiellement, les Kurdes – du PKK notamment – ont abandonné l’idée d’un Kurdistan uni et indépendant. Le livre intéresse également en ce qu’il met en lumière le contexte politique et social qui entoure, tout au long de l’histoire, les mouvements nationaux kurdes ; contexte qui influe sur leurs activités et les ressources mobilisées. Les actions pacifiques finissent par s’épuiser face à la répression qui cible davantage les Kurdes après chaque coup d’Etat militaire. Mais la répression épuise également les actions armées du PKK qui ne parvient pas, en raison du contexte international, à créer le Kurdistan rêvé, un projet officiellement abandonné par pragmatisme et soucis de réalité : le principe d’intégrité territoriale l’emporte sur le droit à l’autodétermination des peuples et d’aucuns ne veulent, pour des raisons géopolitiques, l’indépendance des Kurdes par ailleurs très désunis. L’absence de solidarité parmi les Kurdes est un facteur qui, parmi d’autres, expliquent leur « échec ». L’ouvrage ne le mentionne que très peu mais s’il est vrai que l’expérience des Kurdes d’Irak influence très sérieusement les Kurdes de Turquie, il n’en reste pas moins que les Kurdes des deux frontières, pourtant de la même famille ethnique, se regardent avec une certaine rivalité, les dirigeants politiques préférant – par choix et/ou contraintes - les intérêts particuliers à l’objectif commun. Certains diront que cette solidarité est impossible en raison du contexte particulier qui s’impose aux Kurdes et qui les oblige à penser avant tout dans le cadre des frontières actuelles mais ce serait oublier l’existence des divergences politiques et idéologiques qui opposent les deux « camps ». Özcan Yilmaz semble également oublier la diversité linguistique et religieuse qui constitue un sérieux frein à la diffusion de l’identité nationale. Certes, l’agitation patriotique a permis d’enraciner la conscience nationale kurde en Turquie mais touche-telle tout le monde ? Toutes les personnes qui parlent le zaza ne se reconnaissent pas comme kurde, de même certains alevis (combien?) et pratiquants musulmans kurdes préfèrent la conscience religieuse à la conscience nationale, votant ainsi pour des partis politiques (comme l’AKP) qui « représentent » et/ou servent les intérêts de leur communauté religieuse plutôt que « nationale ».

En dépit des points positifs cités, l’ouvrage montre quelques-unes de ses limites. Elles sont d’ordres théorique et méthodologique. Méthodologique, tout d’abord. Pour des raisons techniques, Özcan Yilmaz restreint son sujet aux Kurdes de Turquie suivant la réalité du terrain puisque les Kurdes, on l’a dit plusieurs fois, connaissent quatre Etats différents. Or, cette restriction n’est pas sans poser quelques questions car si la trajectoire des Kurdes diffère, il est vrai, selon l’Etat concerné ; si le chercheur est obligé de réduire son terrain de recherche pour répondre au critère de faisabilité, reste à se demander si cela peut aller jusqu’à affirmer l’existence d’une nation kurde distincte pour chaque territoire comme le laisse penser le titre de l’ouvrage. En analysant « la formation de la nation kurde en Turquie » à partir du cadre théorique de M. Hroch qui considère la nation comme un « groupe social large » caractérisé par un « ensemble de rapports objectifs » et une « conscience subjective », l’auteur considère, nous semble-t-il, la nation kurde comme spécifique à la Turquie et la distingue, par ricochet, des expériences kurdes voisines. Cela est-il bien envisageable ? Peut-on réduire le concept pourtant englobant de la nation à une partie seulement du groupe ethnique ? La démarche risque d’empêtrer le chercheur dans un cafouillage théorique et de le noyer dans un flot de contradictions dont il ne saurait se défaire sans éprouver quelques difficultés. L’auteur analyse, par exemple, très bien l’apparition et la diffusion « réussie » de la conscience nationale chez les Kurdes de Turquie mais qu’advient-il des Kurdes d’Iran dont ne sait pas grand-chose. Pensent-ils la nation kurde ? Si tel n’est pas le cas, que doit-on en conclure ? Que la conscience nationale et la nation kurde n’existent qu’en Turquie ? Difficile de penser la nation kurde sans prendre en considération l’ensemble des Kurdes. Raison pour laquelle la définition de la nation telle que pensée par M. Hroch trouve très rapidement ses limites et perd sérieusement en efficacité lorsqu’elle se trouve confrontée à l’expérience kurde. Pour le chercheur tchèque, l’existence de la nation se confirme sous certaines conditions objectives : il lui faut une structure sociale hiérarchique complète ou quasi-complète incluant des élites éduquées ayant participé au pouvoir politique ou souhaitant y prendre part, une communauté de citoyens avec des droits égaux, une administration interne institutionnalisée, une conscience des frontières qu’ils considèrent comme « le leur », une langue standard codifiée et son enseignement etc … A l’heure actuelle, seuls les Kurdes d’Irak sont parvenus à concrétiser, à partir de leur autonomie politique, les « indicateurs » précités. Que doit-on écrire ? Que les Kurdes du « Sud » forment une « nation » quand ceux de Syrie et d’Iran sont restés « des groupes ethniques non dominants » car n’ayant toujours pas obtenus de statut politique leur permettant d’obtenir tous les éléments qui font la nation ? Le propos manque cruellement d’efficacité.

Le cadre méthodologique choisi par l’auteur remet ainsi malheureusement en cause le cadre théorique qu’il défend ardemment. Voulant à tout prix prouver l’originalité de son travail qui consiste à appliquer un concept « proprement européen » à un peuple non-européen, Özcan Yilmaz perd de vue les limites de la théorie choisi. Il restreint son sujet aux seuls Kurdes de Turquie par contrainte et soucis d’efficacité, oubliant ainsi les Kurdes qui habitent en dehors du territoire considéré, mais paradoxe du chercheur : ce choix méthodologique, problématique pour sa démonstration, ne fait que tordre le cou à la réalité qu’il prétend considérer. C’est qu’on ne peut penser la nation telle que définie par M. Hrosh sans prendre en considération l’ensemble des Kurdes de la région.

L’ouvrage d’Özcan Yilmaz pose en filigrane une interrogation autrement essentielle: la nation se pense-t-elle vraiment en dehors du nationalisme ? Contrairement à Gellner, Hobsbawm et Anderson qui considèrent la nation comme une construction du nationalisme, M. Hroch pense le nationalisme comme un produit de la nation. Pour le chercheur d’origine tchèque, la nation est en effet une réalité sociale à l’origine historique et non le fruit du nationalisme. Pourquoi pas… mais que fait Özcan Yilmaz si ce n’est étudier des mouvements nationaux qui pensent la nation kurde, élaborent un discours et mènent des actions pour diffuser la conscience nationale parmi la majorité et les convaincre de leur appartenance à une nation distincte en Turquie? Si la nation précède le nationalisme, comment se fait-il que des « groupes ethniques non dominants » pensent appartenir à une nation inexistante, pas encore construite ? L’idée de nation – et on le voit tout au long de l’étude d’Özcan Yilmaz – précède sa réalisation objective. C’est le sentiment national qui motive les acteurs kurdes. C’est cette conviction d’appartenir à une nation kurde qui justifie leur sacrifice et leur combat pour leurs revendications politiques. C’est ce nationalisme qui guide les mouvements nationaux. Dans le cas des Kurdes de Turquie, le « national » existe donc avant la nation telle que définit par M. Hroch. Comment ne pas le souligner ?

L’auteur se distingue des approches modernistes qui tendent à considérer la construction nationale kurde comme la conséquence directe de l’adoption, par les élites kurdes, de l’idée nationale «occidentale». Il écarte la théorie d’Ernest Gellner3 qui pense que la nation se créée sous l’effet de l’industrialisme et de la modernisation économique et rejette celle de Benedict Anderson qui considère la nation comme « une communauté politique imaginée » née du capitalisme d’imprimerie4; deux théories qui trouveraient, selon lui, leurs limites dans le cas kurde. Que n’a-t-il pas vu les limites de la théorie qu’il a préférée utiliser ? Le lecteur reprochera malheureusement au chercheur son manque de distance vis-à-vis de son cadre théorique et ses choix méthodologiques qui entachent quelque peu son travail même s’il reconnait le plaisir qu’il a eu à le lire eu égard à l’ensemble des informations qu’il apporte à la connaissance du lecteur intéressé.

1 GELLNER, Ernest, Nation et nationalisme, Editions Payot, 1989, 208p

2 Voir la thèse de Tejel Gorgas, Le mouvement kurde de Turquie en exil : continuités et discontinuités du nationalisme kurde sous le mandat français en Syrie et au Liban (1925-1946)

3 GELLNER, Ernest, Nations et nationalisme, Editions Payot, 1989, 208p

4 ANDERSON, Benedict, L’imaginaire national : réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, La découverte, 2006

Mots-clefs :, , , , , ,

A propos de Heval Kani

Passionnée par la littérature, je partage ici et avec vous mes goûts et mes couleurs, en espérant découvrir ceux de mes visiteurs qui m'aideront ainsi à varier les tons et les impressions.

Pas encore de commentaire.

Ajouter votre réponse

Ponoursland |
Ma vie d'élue |
Troublecanceller |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Passages de Lumière
| Cousinade 1er mai
| CENTRE DE FORMATION AUX FOR...