Temoignage

Moi, Viyan, combattante contre Daech – Pascale Bourgaux

9782213687414-001-X_0 « Je rêvais d’aller à l’école, comme mes frères.  C’est la guérilla qui m’a tout appris : lire, écrire, dormir à la belle étoile, manier les armes et… tuer. Je ne regrette rien. Sauf de ne pas m’être engagée plus tôt. » Viyan, jeune soldate kurde de 25 ans, a pris les armes à 18 ans pour rejoindre les rangs de la guérilla et se battre contre l’État islamique. Au sein du PKK, Viyan devient une snipeuse redoutable et l’une des commandantes kurdes de Kobané. Sous ses ordres, des dizaines d’unités mixtes. Chaque jour, Viyan mène ses amazones en première ligne de front. Les combats se font rue par rue, immeuble par immeuble. Fusil à l’épaule, elle abat les djihadistes de sang-froid. Pour elle, sur le champ de bataille, c’est la victoire ou la mort. En mai 2015, le grand reporter Pascale Bourgaux a longuement rencontré Viyan, qui lui a raconté la réalité de son quotidien. Un témoignage exceptionnel, le récit initiatique et poignant d’un destin hors normes ; celui d’une jeune fille combattant au péril de sa vie la fureur meurtrière de Daech.
Un livre nécessaire, utile, pour raconter à celles et ceux qui ne le savent pas ce qu’est la lutte des Kurdes: qui sont-ils? contre qui combattent-ils? pourquoi le font-ils? Viyan, en se racontant, dit beaucoup les Kurdes. Elle dit ce qui est, ce contre quoi il leur faut lutter et dans quelles conditions ils le doivent. Elle dit son engagement à la guérilla du PKK, ses motivations et ambitions. Elle explique sa lutte acharnée, son combat contre Daech; organisation qui n’est constituée selon elle que de « mauvais guerriers ». Pascale Bougaux retranscrit:
Daech excelle dans la mise en scène de ses offensives éclair et dans la diffusion de films de tortures infligées aux prisonniers. Quand nous sommes dans une zone où il y a du réseau, nous regardons sur Internet leurs vidéos de propagande, nous nous les passons grâce à nos portables. En fait, ces séquences spectaculaires nous donnent le courage de continuer la lutte. En Occident, j’ai l’impression que c’est le contraire. On dirait que cette campagne de terreur préventive fait effet. Sans avoir jamais affronté Daech au sol, ni en Syrie, ni en Irak, l’Europe et l’Amérique sont tétanisées. Cette peur est injustifiée. Daech ne la mérite pas. Si seulement l’Occident savait combien les djihadistes sont de mauvais guerriers! Certes, ils sont riches. De plus, ils bénéficient de l’avantage du nombre et disposent d’armes bien plus sophistiquées que les nôtres. Mais ils ne savent pas se battre. Ils ne sont pas toujours bien entraînés et leur engagement n’est pas aussi vital que le nôtre. Leur ardeur est trop faible, le courage leur manque. (p. 145)
Viyan parle et nous fait vivre, même un tout petit peu, la guerre qui sévit dans la région. Elle est émouvante et courageuse, sensible et humaine, lucide et engagée. Elle fait ma fierté, celle que j’ai déjà écrite dans un article sur « Mourir pour Kobané » de Patrice Franceschi parce qu’elle est de celles et ceux qui ont une foi inébranlable et un courage invraisemblable. Elle croit en la légitimité de son combat, elle est persuadée de ses droits, elle lutte donc sans rechigner. Elle se blesse, endure, subit. Elle souffre physiquement, psychologiquement. Elle voit ses camarades mourir sous ses yeux mais elle continue, encore et toujours, jusqu’à la mort. Les guérilleros du PKK acquièrent, en effet, un sens du sacrifice qui engage, selon eux, l’honneur: celui de leur peuple et de leur patrie. Encerclés, ils préfèrent mourir sous leur propre bombe que sous la main de leurs ennemis. C’est encore plus vraie pour les femmes du PKK qui, comme le dit Viyan, ne veulent pas se retrouver parmi les violeurs qui officient au sein de Daech.
Nous sommes nombreuses à préférer mourir plutôt que de leur appartenir, de souffrir leurs assauts sexuels et de garantir, en plus, leur descendance. C’est ce qui arrive si nous nous faisons prendre. Alors, pour l’éviter, nous gardons toujours la dernière balle, pour nous. Perdre la vie plutôt que l’honneur. Mourir libre. Et debout.
Abdullah Öcalan, l’un des fondateurs et idéologues du PKK, l’a souvent écrit: la beauté suppose la liberté. Et il a raison, ici: Viyan est belle parce qu’elle est sur le chemin de sa liberté. Elle illumine, rayonne au milieu de l’horreur décrit. Elle réchauffe le cœur dans cette guerre qu’elle est obligée de livrer. Malheureusement, pour elle et mon peuple, en effet, il faut une guerre pour se libérer. Malheureusement pour eux, il leur faut côtoyer la mort pour sauver des vies. Viyan est une femme qu’il faut chérir et ne pas oublier parce qu’elle agit pour que nous puissions tous continuer à parler.
Note: 4/5

Moi, Viyan, combattante contre Daech, Pascale Bourgaux, Edition Fayard, 234p, 18€

Mots-clefs :, , , , , , ,

A propos de Heval Kani

Passionnée par la littérature, je partage ici et avec vous mes goûts et mes couleurs, en espérant découvrir ceux de mes visiteurs qui m'aideront ainsi à varier les tons et les impressions.

Pas encore de commentaire.

Ajouter votre réponse

Ponoursland |
Ma vie d'élue |
Troublecanceller |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Passages de Lumière
| Cousinade 1er mai
| CENTRE DE FORMATION AUX FOR...