Temoignage

Cancer et boule de gomme – Pascale Leroy

9782221188774« Pourquoi c’est moi ? m’as-tu demandé juste après avoir appris ta maladie, la même qui avait tué notre mère vingt cinq ans plus tôt. Alors, presque malgré moi, j’ai cherché des réponses, et ça n’a pas été facile. Mais autour de nous, chacun avait sa petite idée, ta question inspirait, les « parce que » pleuvaient… Le cancer est peut-être la maladie de notre époque, mais il y en a une autre, sournoise : l’obstination folle à trouver une raison ou une explication à tout. Comme si, au fond, chacun était responsable de sa maladie, se la fabriquait par son mode de vie et même son mode de pensée.» Et si on arrêtait de conjurer notre peur en confondant explication et sens, en culpabilisant les malades et leur entourage ? Il n’existe jamais aucune raison raisonnable et acceptable d’être malade, nous dit ce récit intime dont chaque étape, de l’annonce du diagnostic aux derniers instants, résonne en chacun de nous. Avec une incroyable vitalité et une vraie force d’apaisement. Un livre précieux qui remue, dénonce, accompagne et panse.

Triste, douloureux mais réconfortant. J’ai souffert en lisant ce roman parce que j’ai moi aussi fait « l’expérience » du cancer et de son monde. C’est mon père, décédé au mois d’avril, qui a été touché. C’est lui que j’ai vu souffrir, partir « doucement » (la mort est lente quand il y a douleurs). Il était jeune, 55 ans. Le cancer l’a emporté en dix mois seulement. En lisant Pascale Leroy, je me suis donc retrouvée dans ce passé pas si lointain, très proche même. Je me suis rappelée, sans grande difficulté. Les attentes interminables en hôpital de jour, les discussions avec les internes – jamais les mêmes – incapables de répondre aux questions posées, toujours la mort dans la bouche, répétant inlassablement « votre père va mourir », « vous allez mourir », les recherches sur internet pour comprendre les termes médicaux, la maladie, ses signes, son évolution… Je nous ai vu, ma famille, mon père et moi; mon père que j’attends et que je pleure chaque jour; mon père que j’aime plus que tout et que j’aurais voulu sauver en lui donnant ma propre vie. Mais c’est impossible, n’est-ce pas. Impossible de faire quoi que ce soit quand on vous dit « c’est fini, il n’y a plus rien à faire, votre père va mourir ». C’est le réveil brutal, la fin du monde. C’est l’invraisemblable, l’absurdité. C’est une impossibilité. « Mon père ne peut pas mourir ! ». Bien sûre que si, dans la « lutte » contre le cancer, nous avons perdu. Nous n’avons pas réussi à le sauver.

S’il m’a profondément attristée, le livre de Pascale Leroy m’a réconfortée parce que je me suis retrouvée, parce que je me suis sentie beaucoup moins seule. Elle a perdu sa sœur une vingtaine d’année après la mort de sa mère, victime du même cancer (son père est lui aussi mort du cancer), elle a vécu ce que moi aussi j’ai connu. Je me suis posée les mêmes questions: qu’est-ce? pourquoi? comment? Aurions-nous pu faire quelque chose pour éviter la maladie? Qu’est-ce que mon père a fait ou pas fait pour attraper cette saloperie? Comment y remédier? Comment l’aider, le soulager? Lui donner de l’espoir ou l’aider à accepter? En parler ou se taire? Pleurer ou sourire? Quand allait-il mourir? Pourquoi les médecins, les gens, le monde ne pleurent-ils pas avec nous? Pourquoi le cancer? Pourquoi lui? Pourquoi ne guérit-il pas malgré les soins et les conseils? Pourquoi? Est-il faible? Se laisse-t-il aller? Pourquoi ne lutte-t-il pas? Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi? Des questions et jamais de réponse. Pascale Leroy a tant raison: on essaye de rationaliser, on veut trouver un coupable, un responsable pour se faire justice, on veut comprendre ce qui est, pour l’instant en tout cas, incompréhensible. Le cancer arrive, souvent sans crier gare, et s’impose, parfois doucement, parfois rapidement. Il ronge le malade et sa famille, il annonce la mort et ce qui va avec: le désespoir. On a beau dire: l’amour, le moral, le rire ne suffisent pas. Le cancer, quand il est agressif, tue. Point. Merci à Pascale Leroy pour ce livre qui est, pour moi, comme une thérapie en cette triste période de deuil.

Note: 5/5

Cancer et boule de gomme, Pascale Leroy, Robert Laffont, 180p, 14€

Mots-clefs :, , , , , , , ,

A propos de Heval Kani

Passionnée par la littérature, je partage ici et avec vous mes goûts et mes couleurs, en espérant découvrir ceux de mes visiteurs qui m'aideront ainsi à varier les tons et les impressions.

2 Réponses à “Cancer et boule de gomme – Pascale Leroy”

  1. Le 20 juillet 2016 à 20 h 26 min Edyta a répondu avec... #

    Merci pour cette chronique. Je suis sincèrement désolé pour ton père. Je ne pense pas le lire. Le cancer c’est mon quotidien, je travaille dans un service de chimiothérapie, j’aurais pu écrire un livre, si j’en avais eu le talent. Malheureusement, c’est vrai ce que tu écris au sujet des médecins, c’est « la tendance », surtout chez les jeunes de balancer la vérité alors que tous les patients ne sont pas capables de la supporter et puis, l’espoir fait vivre… J’ai la chance de travailler avec un médecin qui en plus d’être compétent, est aussi très humain et les propos du genre « Vous allez mourir » ou « Il n’y a plus d’espoir » ne risquent pas sortir de sa bouche.

    • Le 21 juillet 2016 à 18 h 51 min Heval Kani a répondu avec... #

      Merci Edyta. Nous avons eu la malchance de tomber dans un service particulièrement inquiétant. Ils ont dit, dés le premier jour, à mon père, avant même le début du traitement, qu’il allait mourir et qu’il lui restait peu de temps à vivre. A chaque fois qu’il rendait visite à son médecin (pas cancérologue), elle tirait la tronche comme s’il allait mourir sur le champs, il rentrait avec le moral en berne. On a beaucoup souffert, et lui davantage, du comportement de l’équipe hospitalière qui le renvoyait à la maison sans s’occuper de son état physique et psychologique… j’ai écrit une lettre pour me plaindre de leur service mais bien sûre jamais de réponse.

Ajouter votre réponse

Ponoursland |
Ma vie d'élue |
Troublecanceller |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Passages de Lumière
| Cousinade 1er mai
| CENTRE DE FORMATION AUX FOR...